Quels sont les principaux frais du private equity ?
Les investisseurs en private equity sont soumis à 3 types de frais principaux :
- Des frais de gestion annuels ( management fees ) : de l’ordre de 1,5 % à 3 % par an
- Une éventuelle commission de surperformance ( carried interest ) : de l’ordre de 20 % de la plus-value au-delà d’un seuil minimum défini en avance.
- Des frais d’entrées : de l’ordre de 0 à 5 %
Les investisseurs peuvent aussi être amenés à rencontrer d’autres types de frais, plus mineurs, qui sont détaillés plus bas.
Note : né au Etats-Unis, le private equity utilise très majoritairement les termes anglais originaux pour ses aspects techniques. Nous avons veillé à expliciter chaque concept et à donner sa traduction en français pour information, mais les termes anglais restent les plus courants, y compris au sein des documentations des fonds français.
Les frais récurrents de gestion et de fonctionnement (management fees)
Aussi appelés commission de gestion, ces frais viennent rémunérer la société de gestion au titre de son travail d’analyse des opportunités, de structuration des opérations, de suivi des participations et de pilotage du fonds.
Concrètement, ces frais permettent au fonds de rémunérer ses équipes et de supporter ses coûts fixes (locaux, assurances, outils …).
Ils s’élèvent traditionnellement à 2 % mais, dans les faits, ils peuvent être assez variables (de l’ordre de 1 à 3 % suivant les stratégies et les fonds).
Ces frais de gestion incluent le plus souvent une part de rétro-commission qui est reversée au distributeur du fonds.
La commission de surperformance (carried interest)
Cette ligne de frais vient rémunérer l’équipe de gestion en cas d’atteinte de certains objectifs de performance.
Elle constitue la source principale de la rémunération variable des équipes d’un fonds.
Typiquement, elle est de 20 % de la performance générée au-delà d’un rendement minimum (hurdle rate) de 8 % par an.
Les droits d’entrée (ou commission de souscription)
Les règlements des fonds prévoient des droits d’entrée dûs à la souscription, généralement de l’ordre de 0 à 5 % du montant investi.
Ces faits viennent rémunérer l’acteur qui distribue le fonds (banque privée, conseiller en gestion de patrimoine, plateforme…) et ne sont pas acquis à la société de gestion.
Les droits d’entrée sont communiqués sous forme de fourchette car c’est le distributeur final du fonds qui est libre de fixer le niveau qu’il souhaite appliquer, en fonction de sa politique commerciale.
Les frais de gestion indirect
Ces frais désignent les frais supportés par le fonds lorsqu’il investit lui-même dans d’autres fonds.
Dans la plupart des cas, seuls les fonds de fonds ou les fonds nourriciers (fonds qui investissent eux même dans des fonds) affichent des niveaux significatifs de frais de gestion indirects.
En théorie, la lecture de ces frais permet de connaître le niveau de frais de gestion annuels des fonds sous-jacents.
Dans les faits, on constate que de nombreux gérants de fonds de fonds ou fonds nourriciers n’isolent pas les frais de gestion des sous-jacents sur cette ligne :
- Ils se contentent de reporter leurs propres frais de gestion (via la ligne des frais de gestion annuels).
- Les frais de gestion des sous-jacents sont capturés par l’hypothèse de rendement attendue sur les fonds.
Nous détaillons plus en détails les enjeux sur ces frais dans la section suivante.
Frais de fonctionnement et frais de constitution
Vous pouvez parfois rencontrer certains lignes de frais supplémentaires, notamment :
- Des frais de constitution du fonds facturés à l’entrée : ils correspondent aux coûts supportés par la société de gestion au titre de la création, l’organisation et la promotion du fonds (frais juridiques, frais de marketing …).
- Des frais de fonctionnement isolés des frais de gestion et qui peuvent être détaillés très précisément : dépositaire, commissaire au compte (CAC), délégataire administratif et comptable…
- Des frais de fonctionnement non récurrents liés à l’acquisition, au suivi et à la cession des participations (honoraires d’audit, de conseil, d’avocats …)
Ces frais sont généralement faibles (autour de 1 % à la souscription pour les frais de constitution, autour de 0,1 % par an pour les frais de fonctionnement).
En réalité, ils correspondent à des coûts qui sont supportés par l’ensemble des fonds, mêmes ceux qui ne les détaillent pas.
Certains gérants choisissent de les isoler afin de donner une vision plus précise à l’investisseur de la part des frais qui vient rémunérer le gérant et celle qui finance d’autres frais non acquis au gérant.
Ils ne sont donc pas à interpréter comme des frais supplémentaires facturés par certains fonds.
Les droits de sortie
On peut les rencontrer sur certains fonds evergreen (fonds toujours ouverts semi-liquides) assortis de condition comme : “applicable en cas de sortie avant 3 ans”.
Concrètement, ils viennent inciter l’investisseur à rester un minimum de temps dans le fonds.
Sur les fonds classiques à durée de vie limitée, ils n’existent pas.
La prime d’égalisation
En cas de période de levée de fonds longue (supérieure à 1 an), le gérant prévoit généralement une prime d’égalisation dans ses statuts.
Ces frais sont acquis non pas au gérant mais aux investisseurs qui sont entrés dans le fonds au début de la période de souscription.
Il s’agit d’un mécanisme de compensation qui permet de ne pas favoriser les investisseurs entrés à la fin de la période de souscription (qui bénéficieraient sinon des mêmes conditions que les premiers tout investissant avec 1 an ou plus de décalage).
Cette prime est rarement supérieure à 1 % de l’engagement.
Les frais spécifiques aux fonds de private equity détenus via un contrat d’assurance-vie ou un PER
De plus en plus, les assureurs proposent des parts de fonds de private equity au sein de leur catalogue d’unités de compte.
Dans ce cas de figure, l’investisseur est nécessairement soumis à 2 niveaux de frais :
- Les frais propres au fonds (qui correspondent à l’ensemble des fonds évoqués ci-dessus).
- Les frais de gestion facturés par l’assureur au titre de l’unité de compte.
Sur les contrats en ligne moderne, ces frais de gestion sur unités de compte sont de l’ordre de 0,5 à 0,6 % par an. Il s’agit donc de frais supplémentaires, propre à l’enveloppe d’investissement choisie, qui ne sont pas supportés par l’investisseur en cas de détention en direct.
Lire aussi : Private Equity via Assurance-vie ou en direct ?
Private equity : comprendre le principe des “couches” de frais
Les investisseurs privés peuvent adopter 2 approches pour investir en private equity via des fonds :
- L’approche directe via des fonds qui investissent eux-même au capital de sociétés.
- L’approche indirecte via des fonds qui investissent dans d’autres fonds (qu’on va appeler “fonds maîtres” ou “fonds sous-jacents”) qui investissent à leur tour dans des sociétés.
Pour les particuliers, les fonds de fonds (plusieurs sous-jacents) et les fonds nourriciers (un seul sous-jacent) sont d’abord des solutions de mutualisation pour accéder à des fonds institutionnels avec des tickets d’entrée de l’ordre de 1 à 5 millions d’€.
Ces fonds indirects représentent une part significative de l’univers d’investissement disponible.
Les fonds indirects impliquent nécessairement une “couche de frais” supplémentaire par rapport aux fonds directs.
En effet il faut rémunérer :
- Le gérant du fonds de fonds et du fonds nourricier pour son travail de sélection et de structuration.
- Le ou les gérants du (des) fonds sous-jacent(s) au même titre que n’importe quel investisseur.
Quels sont les frais d’un fonds indirect par rapport à un fonds direct ?
Un fonds indirect facturent systématiquement ses propres frais de gestions annuels, de l’ordre de 1 % à 2,5 % par an.
Ces frais viennent s’additionner aux frais de gestion du(des) fonds maître(s) (notamment ses frais de gestions annuels et son carried interest).
En revanche, un fonds indirect facture très rarement son propre carried interest en plus du fonds maître.
Néanmoins, on rencontre régulièrement des fonds de fonds avec :
- Une poche majoritaire de fonds de fonds (60 % à 80 % du fonds)
- Une poche minoritaire de co-investissement en direct
Dans ce cas, il est courant pour le gérant du fonds de fonds de prévoir un carried interest uniquement au niveau de la poche de co-investissement (ou toute autre poche gérée en direct).
Quel est le bon niveau de frais en private equity ?
Combien de frais paient les institutionnels ?
Les frais de gestion étant dégressifs en private equity, il est logique que les institutionnels paient moins de frais en proportion de leur engagement (on parle de ticket de entre 1 et plusieurs dizaines de millions d’€ pour les plus grands acteurs).
Il n’existe pas de source officielle et consolidée à ce sujet, néanmoins différentes études récentes portant sur des échantillons assez large de fonds permettent de donner une idée :
- 1,3 % de frais de gestions annualisés rapporté à la valeur liquidative du fonds pour les fonds de buyout primaire (source : Hamilton Lane Market Overview 2025 ).
- 1,6 % de frais de gestion annualisés pour les fonds de buyout (source : Bain Global Private Equity Report 2026 ).
Quel est le niveau de frais moyens pour les investisseurs privés ?
Frais sur les fonds destinés à des clients-non professionnels
En ce qui concernent les fonds destinés à des clients non-professionnels, l’AMF a fourni en 2025 des moyennes de marché (hors frais d’entrée) :
Les FIP et les FCPI, bien qu’inscrits dans l’univers du private equity, sont avant tout des produits de défiscalisation bien distincts des autres types de fonds dont une grande partie de l’intérêt réside dans une réduction d’impôt non capturée par cette étude de l’AMF.
On constate que les FCPR (le véhicule privilégié pour accéder à la classe d’actif en France avec un ticket d’entrée relativement faible) ont :
- Un niveau de frais plus élevé que les fonds institutionnels (c’est attendu)
- Facturent globalement peu de carried interest et leur rémunération leur modèle de frais repose largement sur des critères indépendants de la performance finale.
L’échantillon de FCPR étudié inclut à la fois des fonds de fonds et des fonds directs.
Frais sur les fonds destinés à des investisseurs avertis
En ce qui concerne les fonds destinés à des investisseurs professionnels (et accessibles à des investisseurs privés avertis), l’AMF a également établi des statistiques concernait les FCPI et les FPS :
Ces résultats appellent plusieurs remarques :
- On constate un niveau de frais médian sensiblement inférieur sur ces fonds accessibles dès 100 000 € (contre 10 000 € pour les FCPR).
- La rémunération des sociétés de gestion repose plus sur le carried interest , et donc sur la performance du fonds.
- Les montants de carried interest sur les FPS sont probablement sous-estimé de par la relative jeunesse de l’échantillon étudié.
- Les niveaux de de frais de gestion sur les 25 % des fonds les plus compétitifs est possiblement lié à des fonds investis tout ou partie sur d’autres sous-classes du non coté ( infrastructure , dette privée ) avec des frais de gestion moins importants.
L’échantillon de fonds étudiés inclut à la fois des fonds directs et indirects.
Frais sur les fonds de fonds et les fonds nourricier
Il n’existe pas, à notre connaissance, d’étude de référence sur les niveaux de frais moyens pratiqués au niveau des véhicules structurés pour mutualiser les investisseurs.
A titre d’illustration, voici différents niveaux de frais pratiqués par un échantillon de fonds de fonds buyout en cours de levée début 2026 :
- Fonds de fonds : entre 1,4 et 2,5 % (au niveau du fonds de fonds)
- Fonds nourricier : entre 0,9 et 1,5 % (au niveau du fonds nourricier)
Voici aussi différents niveaux de frais pratiqués par un échantillon de fonds nourriciers buyout en cours de levée début 2026 :
Quel est l’impact de la stratégie du fonds (buyout, secondaire, dette …) sur le niveau de frais du fonds ?
Si la norme de marché en private equity est plutôt autour de 2 % de frais par an, ce niveau est souvent plus faible sur les stratégies secondaires.
En cas de co-investissement (investissement aux côtés d’un fonds et non pas au travers d’un fonds), la norme est que le co-investisseur ne paie ni frais de gestion ni carried interest sur l’opération.
Aussi, les poches de co-investissement sont souvent utilisées par des fonds de fonds pour abaisser le niveau global de frais (ce n’est pas la seule raison, mais une des principales).
De la même façon, des stratégies non cotées comme l’infrastructure ou la dette privée demandent moins d’implication de la part du gérant et vont donc généralement de pair avec des niveaux de frais légèrement moins élevés (de l’ordre de 0,2 à 0,5 % de moins).
Frais de gestion annuels : comment analyser la base de calcul ?
Suivant ses statuts et l’âge du fonds, plusieurs modes de calculs sont possibles pour les commissions de gestion, avec un impact réel sur leur niveau :
- Frais calculés sur l’engagement ou le capital appelé en phase d’investissement
- Frais calculés sur l’engagement ou l’actif net ou de la valeur d’investissement en phase de désinvestissement
- Frais calculés sur l’actif net pour les fonds evergreen.
En synthèse, voici les différentes options possibles et leur impact pour l’investisseur :
Fonds fermés : comprendre les phases de vie d’un fonds et leur implication sur les frais
Un fonds de private equity fermé passe nécessairement par 2 phases successives
- Phase de déploiement/investissement : il investit progressivement le capital des investisseurs pendant 1 à 5 ans jusqu’à avoir investi l’ensemble du capital engagé. Il peut choisir d’appeler le capital des investisseurs intégralement à la souscription ou au fil de l’eau.
- Phase de liquidation / désinvestissement : le fonds ne réalise plus de nouveaux investissements et cherche à céder ses participations avant la date de liquidation maximum du fonds.
On peut représenter le capital au travail ainsi :
Dans la majorité des cas les frais de gestion annuels sont calculés :
- Sur la base de l’engagement global en phase d’investissement : les investisseurs paient pour la capacité de l'équipe à rechercher et analyser des opportunités, même si tout l'argent n'est pas encore investi.
- Sur la base de la valeur du portefeuille non cédé en phase d’investissement : le mode de calcul change pour refléter le fait que l'équipe se concentre désormais sur la gestion et la cession du portefeuille existant. Une fois qu’une société est cédée, elle n’entraîne plus de charge de travail pour le fonds.
La notion de phase d’investissement est définie clairement dans les statuts du fonds. Pour un fonds de buyout, elle est généralement de 5 ans.
Point d’attention sur les frais en phase d’investissement
Dans le cas d’un fonds à appels progressifs, des frais calculés d’abord sur la base du capital appelés sont en théorie favorables à l’investisseur mais rares.
D’une part car le gérant a besoin des frais de gestions pour rémunérer ses équipes et de l’autre car on ne souhaite pas que le gérant soit incité à investir le plus vite possible peu importe les conditions.
Si vous analysez un fonds qui appelle intégralement le capital à la souscription, des frais de gestion calculés sur la base de l’engagement ou du capital appelés reviennent au même.
Point d’attention sur les frais en phase de désinvestissement
Certains fonds peuvent baser leurs frais de gestion sur le montant de l’engagement pendant toute la durée de vie du fonds (y compris la phase de désinvestissement).
Ce mode de calcul est clairement en faveur du gérant.
Le mode de calcul le plus favorable à l’investisseur est celui basé sur le coût d’investissement des participations restantes en portefeuille.
Il existe une version intermédiaire où les frais de gestion post-phase d’investissement sont calculés sur la base de l’actif net résiduel (on rencontre aussi le terme “juste valeur”).
Les sociétés déjà cédées sont bien exclues de l’assiette des frais, en revanche elles sont évaluées non pas sur leur coût d’investissement mais sur leur valeur liquidative (qu’on attend plus élevé puisque le but du fonds est de créer de la valeur).
Spécificités des frais de gestions annuels pour les fonds evergreen
Dans le cas d’un fonds evergreen (fonds toujours ouvert qui réinvestit en permanence dans de nouvelles opérations) la notion de phase d’investissement et de désinvestissement n’a pas vraiment de sens.
Dans ce type de fonds, les frais de gestions sont couramment calculés sur la base de la valeur liquidative du fonds (VL), autrement dit la valeur de marché estimée du fonds.
Un point d’attention peut porter sur la poche de liquidité, qui représente souvent entre 10 et 15 % de ces fonds et qui ne nécessite pas le même effort de gestion pour le gérant.
Il est logique pour l’investisseur que la présence de cette poche de liquidité soit prise en compte dans le niveau de frais de gestion.
Lire aussi : Les 8 meilleurs fonds evergreen en France
Comprendre le calcul du carried interest en private equity
Le carried interest (en français : commission de surperformance) est une élément important d’alignement des intérêts entre le gérant et ses investisseurs.
On peut aussi rencontrer en français le terme le rendement prioritaire ou rendement préférentiel pour les investisseurs.
Contrairement aux frais de gestion annuels (qui sont dûs quels que soient les résultats du fonds), le carried interest est la composante de la rémunération du GP (General Partner ou gérant) qui dépend de sa performance.
Dans le cas d’un fonds qui atteint ses objectifs, le carried interest représente souvent une part importante des frais de gestion dus par l’investisseur.
Le principe du carried interest
Il s’agit d’un pourcentage (le plus souvent 20 %) de la performance prélevée contractuellement par la société de gestion lorsqu’un certain objectif est atteint (hurdle rate).
Concrètement, le carried interest est souvent défini ainsi : “20 % de la performance dégagée au-delà d’un hurdle rate de 8 %”.
Aussi dans les faits, lorsqu’un fonds cède une participation :
- 100 % du produit de la cession va aux investisseurs tant qu’ils n’ont pas récupéré leur capital.
- 100 % du produit de la cession continue d’aller aux investisseurs tant qu’ils n’ont pas perçu leur rendement préférentiel.
- Une fois le hurdle rate atteint, les distributions suivantes sont réparties entre le gérant et les investisseurs.
Dans le cas d’un fonds evergreen, le carried interest est calculé directement sur la croissance de la NAV (Net Asset Value ou Valeur Liquidative) du fonds. Sur ce type de fonds, le niveau est généralement plus faible autour de 10-15 %.
Les subtilités à connaître
Hurdle rate
Il s’agit de l’objectif de rendement minimum du fonds, on parle aussi de rendement préférentiel. C’est seulement lorsque ce seuil est atteint que le gérant a le droit de percevoir le carried interest.
Le hurdle rate est typiquement de 8 % de TRI (le TRI est souvent privilégié afin d’inciter le gérant à retourner plus rapidement le capital aux investisseurs).
Plus le hurdle rate est bas :
- Plus il devient “simple” pour le gérant de percevoir le carried interest .
- Plus la part de profit soumise au carried interest est importante (uniquement dans le cas d’un fonds sans clause de catch-up ).
Pour un fonds fermé, le carried interest est quasi-systématiquement encadré par un hurdle rate.
Pour un fonds evergreen, c’est une clause de high water mark qui fait office de garde fou (voir plus bas). Il ne faut pas chercher de hurdle rate sur un fonds evergreen.
Répartition du carried interest : claude de catch-up et waterfall
Clause de catch-up
Si le hurdle rate est atteint, la clause de catch-up clarifie si le carried interest est du :
- Sur la performance générée au-delà du hurdle rate.
- Sur toute la performance du fonds (on parle alors de clause de catch-up , ou clause de rattrapage).
L’absence d’une clause de catch-up est favorable à l’investisseur car elle limite très nettement la base de calcul du carried interest qui revient au gérant.
Si un fonds prévoit une clause de catch-up, il est préférable que le hurdle rate soit fixé à un niveau proche du rendement cible annoncé.
Si ce n’était pas le cas, le gérant pourrait être incité à se contenter d’une performance au niveau du hurdle rate (et pas de l’objectif de rendement affiché), son carried interest étant calculé sur l’ensemble de la plus-value générée.
Waterfall américain ou européen
Le concept de waterfall désigne la façon dont on va calculer le carried interest :
- En american waterfall : il est calculé opération par opération
- En european waterfall : il est calculé sur la base du résultat global du fonds.
L’american waterfall est plus favorable au gérant, puisque théoriquement, il lui permet de percevoir du carried interest même si la performance globale du fonds est minée par 2 ou 3 très mauvaises opérations.
Dans cette situation (1 fonds globalement sous-performant malgré quelques très bons dossiers) une clause dite de clawback (rattrapage) peut forcer le gérant à rembourser une partie du carried interest déjà touché si il s’avère que le carried interest représente une part disproportionné des profits globals générés par le fonds.
Généralement, les fonds disponibles auprès des investisseurs français fonctionnent selon le principe de l’european waterfall, sauf mention contraire dans les statuts.
Clause de high-water mark
Cette clause, qu’on peut traduire par “clause du niveau le plus élevé”, permet de subordonner le montant du carried-interest à un niveau de performance dans la durée.
Elle est notamment utile dans le cas d’un fonds evergreen qui provisionnent son carried interest chaque année sur la base de la progression de la valeur liquidative du fonds.
Via cette clause on cherche notamment à encadrer le scénario ou un fonds connait une ou plusieurs années de performance négative suivi d’un rebond.
L’idée est que l’année de rebond ne donne pas droit à du carried interest à moins de revenir à des niveaux de valorisation supérieurs à la chute initiale.
Concrètement, le high water mark interdit le paiement de la commission de surperformance aussi longtemps que la valeur liquidative est inférieure à la valeur liquidative maximale que les parts ont atteint lors du dernier paiement d’une commission de surperformance.
Part qui sert de référence au calcul
Un fonds de private equity, en particulier lorsqu’il est ouvert à une clientèle privée, propose souvent différents types de parts dont les frais de gestion sont dégressifs en fonction de l’engagement.
Autrement dit, il faut s’attendre à une différence de rendement pour chaque type de parts en proportion des frais de gestion supplémentaires supportés.
Le plus souvent, le calcul du carried interest est basé sur le rendement net de la part la plus favorable à l’investisseur : celle avec le minimum d’engagement le plus important et les frais de gestion les plus faibles. On parle de “part institutionnelle”.
Par conséquent, il faut avoir conscience que pour les investisseurs qui sont entrés autour de 100 000 € ou moins, il est possible qu’ils soient redevables du carried interest même si leur TRI réel est inférieur au hurdle rate.
Exemple de calcul de carried interest pour un fonds evergreen
Pour un fonds evergreen, le calcul de la commission de surperformance est relativement simple :
- On suppose que la valorisation des entreprises en portefeuille justifie une progression du prix de la part de 1000 à 1150 sur un trimestre. Soit une création de valeur brute de 150.
- Si le carried interest est de 10 % alors le fonds va capter 10 % de 150 = 15.
- La valeur nette de la part pour l’investisseur passe donc de 1000 à 1135 sur le trimestre.
Mettons ensuite que le fonds doive déprécier certaines participations sur le 3ème trimestre, qui résulte d’une forte baisse du fonds à 900 par part.
Par définition, il n’y a pas de création de valeur sur la période et donc pas de carried interest à prélever.
Si le fonds dispose d’une clause de high watermark (courant), alors le gérant ne pourra prélever dans le futur de carried interest que sur une éventuelle création de valeur au-delà de 1135 par part.
Dit autrement, une reprise du fonds de 900 à 1135 ne générera aucune commission de surperformance.
Exemple de calcul de carried interest basé sur le TRI pour un fonds fermé
Ici, le mode de calcul est plus complexe et nécessite de faire intervenir un tableur :
- Le gérant va calculer à chaque distribution le TRI (net de frais de gestion et brut de carried ) obtenu par l’investisseur
- Tant que ce TRI est inférieur au hurdle rate , 100 % des distributions vont à l’investisseur.
- Une fois le TRI atteint, la répartition des distributions change :
- Sans clause de catch-up , toutes les distributions suivantes sont réparties typiquement à 20 % vers le gérant et 80 % vers les investisseurs.
- Avec une clause de catch-up , 100 % des distributions suivantes sont allouées au gérant jusqu’à ce qu’il ait perçu par exemple 20 % (le montant du carried ) des distributions depuis le début. Ensuite les distributions suivantes sont réparties suivant le montant du carried interest .
Prenons un exemple :
- L’investisseur s’engage pour 100, appelés sur 4 ans.
- Le fonds dégage un multiple net de frais de gestion de x2,1 en 10 ans.
- On suppose un carried interest de 20 % encadré par un hurdle rate de 8 % de TRI.
- Pour simplifier la reproduction du calcul, on suppose que tous les flux de trésorerie d’une année ont lieu le 1er janvier de chaque année. Dans les faits, on calculerait le TRI sur la base de la date précise de chaque flux.
Sans catch-up :
- On répartit les distributions en 2034 et 2035 sur la base du carried interest puisque le hurdle rate est exactement atteint en 2033. Autrement dit, on applique 20 % sur le montant des distributions.
Avec catch-up :
- En 2033, il faut “rattraper” le carried interest dû depuis le 1er € de plus-value car le hurdle rate est atteint. Autrement dit on calcule 20 % de 35,5. Il y a plus de carried interest dû que de distribution donc on reporte le solde sur les prochaines distributions
- En 2034, il faut payer 1,6 dû au titre du catch-up + 20 % des distributions suivantes soit 9,7
- En 2035, la répartition entre le gérant et les investisseurs est déjà équilibrée donc il suffit de répartir les dernières distributions à hauteur du carried interest (20 %).
Synthèse : repères pour analyser le niveau de frais d’un fonds de private equity
Comprendre les différences de mode de calcul entre les types de fonds
Repère de marché : quels sont les niveaux de frais compétitifs et les clauses défavorables ?
Cette grille de lecture sert d’abord à dissocier 2 fonds avec une stratégie et un niveau de performance cible similaire et pour lesquels les frais seraient le critère différenciant.
Comme le private equity est marqué par une forte dispersion des rendements entre les années, pour une même année de lancement entre les gérants, le choix d’un fonds de private equity doit d’abord s’effectuer sur la base :
- De l’adéquation de la stratégie du fonds avec votre situation patrimoniale .
- De la capacité attendue du gérant à créer de la valeur à long terme .
Il vaut mieux privilégier l’accès à un gérant de qualité, quitte à payer un peu plus de frais de gestion.
Analyser les frais d’un fonds de private equity : méthodologie complète
Où trouver l’information sur les frais d’un fonds ?
Le niveau de frais de gestion, le carried interest et le hurdle rate sont souvent, mais pas systématiquement, donnés dès la plaquette de présentation du fonds.
C’est la plupart du temps aussi le cas sur le mode de calcul des frais de gestion (basé sur l’engagement, l’actif résiduel net etc …).
En ce qui concerne les différentes clauses (catch-up, high water mark …), elles sont détaillées dans les statuts du fonds à la section des frais.
Comment lire les frais de gestion affichés dans un DIC ?
Le document d’information clé (DIC), anciennement DICI, est une communication obligatoire fournie par le gérant à ses investisseurs potentiels.
Vérifier l’adéquation entre le DIC et le type de parts envisagées
Avant d’analyser un DIC, vous devez vérifier au préalable que vous êtes en présence du DIC correspondant aux parts dans lesquelles vous envisagez d’investir.
Cette information figure dans la section “Informations Générales”, immédiatement sous le nom de fonds, le plus souvent accolé au code ISIN de la part.
Les frais de gestion étant variables suivant les types de part, analyser le DIC d’un mauvais type de part vous ferait perdre du temps.
Analyse des frais dans le DIC
Le DIC comporte toujours une section dédiée aux frais, intitulée “Que va me coûter cet investissement ?”. Elle comporte 2 sous sections.
Sous “Coût au fil du temps” vous trouverez un calcul de l’incidence des coûts annuels sur votre rendement. Cet indicateur est un synonyme du TFAM (Taux de Frais Annuel Moyen).
Cette information doit être lue avec du recul car elle comporte nécessairement :
- Une hypothèse sur les frais d’entrée : le plus souvent il s’agit du montant maximum autorisé qui est pris en compte (de l’ordre de 5 % par an) alors qu’il est possible d’investir sans frais d’entrée notamment via des acteurs comme Ramify.
- Une hypothèse sur le rendement final du fonds, nécessaire pour simuler le carried interest . Or par définition plus un fonds délivre de performance, plus il facture de carried interest et plus son niveau de frais est élevé.
Autrement dit, la lecture de l’incidence globale de frais nécessite de comprendre d’abord l’impact du carried interest.
En private equity, il est entendable qu’un niveau de frais élevé aille de pair avec une performance élevée à condition que les frais reposent largement sur la commission de surperformance et que celle-ci soit conditionnée à l’atteinte d’objectifs ambitieux.
Ce n’est pas nécessairement le cas sur tous les fonds.
Sous “Composition des coûts”, vous pouvez retrouver un détail de l’impact des principaux coûts d’un fonds : ses frais d’entrée, ses frais de gestion et ses frais de surperformance
Le plus simple pour estimer les frais de gestion annuels est d’additionner les différentes lignes de coût récurrent.
Chaque ligne s’accompagne d’une estimation du coût total payé par l’investisseur pour un capital investi de 10 000 €.
Celà vous permet d’analyser rapidement la répartition des frais estimés entre les frais de gestions annuels (payés dans tous les cas) et le carried interest (payé sous condition).
A condition que le carried interest soit encadré par un hurdle rate et des clauses favorables à l’investisseur, un total de frais reposant majoritairement sur le carried interest est un signe d’alignement des intérêts entre le gérant et les investisseurs.
Cas de la lecture du DIC d’un fonds de fonds ou d’un fonds nourricier
La lecture du DIC d’un fonds de fonds ou fonds nourricier peut être piégeuse car la retranscription des frais de gestion n’est pas harmonisée :
- La plupart des DIC reportent uniquement les propres frais du fonds et pas les frais des fonds sous-jacents.
- Mais certains DIC choisissent d’intégrer les coûts du sous-jacent via une ligne “coût indirect”.
En présence de frais de gestions récurrents supérieurs à 3 % par an pour un fonds de fonds, il est probable que vous soyez en présence d’un fonds qui reporte ses propres frais ainsi que ceux des sous-jacents.
Un moyen de vérifier ça est d’aller chercher dans la plaquette ou le reporting du fonds, le détail de ses frais. Idéalement le gérant aura dissocié ses propres frais de gestion et les frais sous-jacents sous l’intitulé “frais de gestion indirect”.
Un fonds qui choisiraient de reporter ses frais consolidés présentera nécessairement des frais supérieurs à un fonds qui n’affichent que ses frais propres. Pour autant, le deuxième fonds peut être plus onéreux en frais.
Pourquoi les frais de gestion affichés dans le DIC sont parfois différents des frais de gestion de la plaquette ?
Le DIC est le document qui fait foi juridiquement.
C'est l'indicateur le plus proche de ce que vous allez réellement payer, car il est standardisé par l'AMF (ou les autorités européennes) pour permettre une comparaison objective entre deux produits financiers. Si un écart existe, il est raisonnable de se fier au DIC.
Voici plusieurs raisons possibles d’un écart :
- Le DIC doit obligatoirement se baser sur les frais de fonctionnement de l’année précédente. Si le fonds a eu des coûts opérationnels (audit, dépositaire, frais juridique…) plus ou moins élevés que prévus, un écart peut émerger avec la plaquette qui se base sur des coûts théoriques.
- Les frais de transactions (variables par nature) sont rarement inclus dans les frais affichés sur les plaquettes.
- Un DIC doit être mis à jour chaque année, tandis qu’une plaquette est mise à jour au cas par cas.
L’écart visible est généralement faible et se retrouve au niveau des frais de gestion annuels.
Méthode pas à pas pour analyser les frais d’un fonds
Etape 1 : Comprendre la stratégie du fonds
Dans quelles sous-classes d’actifs du non coté le fonds investit-il ?
S’agit-il d’une fonds fermé ou d’un fonds evergreen ?
Etape 2 : Comprendre si l’on est en présence d’un fonds direct ou indirect
Est-on en présence d’un fonds direct ou d’un fonds indirect (fonds de fonds ou fonds nourricier).
Idéalement (ce n’est pas toujours possible) on voudra identifier le niveau de frais de premier fonds et celui du ou des fonds maîtres.
Etape 3 : Comparer le niveau de frais de gestions annuels du fonds
Ces frais permettent de déduire la performance brute nécessaire au fonds pour dégager le rendement net annoncé.
On pourra ensuite comparer ce niveau de performance brute à quelques références de marché.
Etape 4 : Comprendre le mode de calcul des frais de gestion annuel
Idéalement on préfèrera des frais de gestion calculés sur le coût d’investissement des participations restantes en phase de désinvestissement, ou au moins sur l’actif net résiduel du fonds.
Etape 5 : Comprendre le fonctionnement du carried interest
Si il est supérieur à 20 %, c’est élevé, si il est inférieur à 20 % c’est plutôt une bonne nouvelle.
L’information la plus intéressante est probablement le niveau du hurdle rate, si il est inférieur à 8 %, a fortiori en cas de clause de catch-up, on peut se demander si il s’agit d’un nouveau susceptible de motiver le gérant à atteindre ses objectifs.
Analyser les frais d’un fonds de private equity : cas pratiques
Lecture des frais du fonds Eurazeo Private Value Europe 3
On commence par la plaquette du fonds pour comprendre sa stratégie :
- Stratégie : ce fonds est investi à 60 % en dette privée et à 40 % en private equity secondaire et en co-investissement. On peut éventuellement s’attendre à des niveaux de frais légèrement inférieurs à ceux des fonds de buyout classique (2 %) via la poche de dette privée, car cette classe d’actif demande moins d’implication des gérants dans les participations.
- Structuration : on comprend que le fonds est majoritairement ou totalement investi en direct dans des entreprises. On ne s’attend donc pas à une double couche de frais et à un carried interest au niveau du fonds.
- Durée de vie : il s’agit d’un fonds evergreen donc sans durée de vie imposée.
On peut ensuite basculer vers les termes du fonds.
Avant d’entrer dans l’analyse des taux, on remarque que le gérant communique sur un TFAM (Taux de Frais Annuel Moyen). Il s’agit d’un fonds evergreen, qui n’a par définition pas de durée fixe. Il faut donc comprendre quelle durée a été retenue pour calculer ce TFAM.
Via les notes, on comprend qu’il s’agit d’un calcul sur une base de 8 ans, qu’on peut confirmer à la lecture des droits d’entrée : 4 % maximum (bien équivalents à 0,5 % par an sur 8 ans).
En ce qui concerne le niveau des frais, le niveau maximum de frais attendu est de :
- Des droits d’entrée de 0,5 % par an (dont 0,5 % à la main du distributeur). Autrement dit ce fonds peut être soumis des frais d’entrée et de sortie jusqu’à 4 %. Il est possible de choisir un acteur comme Ramify qui fixe ces frais à 0 %.
- Des frais récurrents de 2,02 % par an (parts A).
- Des frais de constitution équivalent à 0,06 % par an (soit 0,48 % prélevés à l’investissement)
- Des frais non récurrents de 0,04 % par an
- Des frais indirects de 0,62 % par an : on peut s’interroger à quoi ils correspondent étant donné que le fonds investit principalement en direct dans des entreprises.
Dès lors, on peut s’attendre à un niveau de frais de gestion d’environ 2,12 % de frais de gestion au niveau du fonds, plus ou moins avec 0,62 % potentiellement au niveau de ses sous-jacents.
Ce niveau est globalement au niveau attendu pour un fonds de private equity. En revanche la plaquette ne mentionne pas de carried interest ce qui est surprenant.
On peut ensuite aller creuser ces frais via les statuts.
On constate que sur les 2,02 % de frais récurrents, le gérant a choisi d’isoler sa propre commission de gestion de différents frais (commissaire au compte, dépositaire, administratif …).
L’assiette des frais est bien l’actif net, ce qui est attendu sur un fonds evergreen.
Les statuts nous apprennent que les frais indirects correspondent aux frais sur les investissements en OPCVM : ils correspondent sûrement à la poche de liquidité du fonds evergreen. On est en droit de supposer qu’il s’agit d’un niveau théorique qui ne sera pas atteint.
On apprend enfin que le fonds pratique bien un carried interest de 10 % de la croissance de la VL, encadré par des clauses de high water mark.
On peut ensuite chercher à reconfirmer ces valeurs via le DIC :
- On retrouve bien nos 4 % de frais d’entrée maximum
- Les frais de gestion récurrents apparaissent autour de 1,94 % pour la part A.
- On peut supposer que l’écart entre les 2,02 % de la plaquette correspond à des écarts entre les frais opérationnels réels de l’année précédente et la plaquette mentionnant, elle, les frais maximums.
- Ce montant confirme que les 0,62 % de frais indirects indiqués sont un maximum théorique.
- Ce niveau inférieur à 2 % est cohérent avec la stratégie du fonds (secondaire & dette privée).
- Le carried interest remonte bien conformément aux statuts, avec une estimation autour de 0,46 % par an.
Conclusion : on est en présence d’une structure de frais classique pour un tel fonds, sans grande surprise.
Lire aussi : Eurazeo Private Value Europe 3 : Avis, analyse et présentation du FCPR
Lecture du fonds Peqan Conviction Secondaire
On commence notre approche par la plaquette du fonds pour comprendre sa stratégie :
- Stratégie : 100 % buyout secondaire
- Structuration : il s’agit d’un fonds de fonds. On s’attend donc à une double couche de frais et à une absence de carried interest au niveau du fonds de fonds. Les frais des sous-jacents pourraient ne pas être explicités.
- Durée de vie : il s’agit d’un fonds fermé avec une durée de vie de 10 ans (donc une phase d’investissement et de liquidation).
Voici la première vision des frais via la plaquette :
- Droits d’entrée maximum : 5 % c’est classique et on sait qu’on a la possibilité de les faire passer à 0 % avec des acteurs comme Ramify.
- Frais de gestion annuels : 1,5 %, il est précisé que la base de calcul est l’engagement pendant la période de souscription et la NAV à l’issue de la période de souscription. Ici le fonds choisit de faire référence non pas à la période d’investissement mais à la période de souscription (qui correspond à période de levée de fonds). Ce niveau est nettement inférieur à 2 % : il est compétitif pour un fonds de fonds.
- Des frais de constitution dûs à la souscription : ils sont de 1 % (assez classique) où 0,1 % sur 10 ans. Donc on s’attend plutôt à des frais de gestion équivalents à 1,6 % par an.
- D’autres frais de l’ordre de 0,07 % par an (probablement les frais de commissaire au compte, de dépositaire, administratif…)
- Pas de carried interest au niveau du fonds de fonds : c’est attendu
- Les frais des sous-jacents sont détaillés dès la plaquette : en moyenne 1,25 % par an et 12,5 % de carried interest : c’est plutôt bon marché. On sait qu’il s’agit de fonds secondaires donc avec des frais en moyenne inférieurs aux fonds buyout.
A ce stade on a déjà pratiquement toutes les informations nécessaires sur les frais.
On peut croiser ces premières informations avec le DIC :
- On remarque que le DIC parle, lui, de frais de gestion calculés sur la base de l’engagement en période d’investissement (vs la période de souscription), puis de l’actif en en période de désinvestissement.
- On retrouve bien nos 1,5 % de frais de gestion annuels.
- On obtient une estimation chiffrée des frais de gestion du sous-jacent sur 10 ans qui cumule les frais de gestions dus et l’éventuel carried interest.
La lecture des statuts permet de clarifier certains points :
- Les frais de gestions sont bien calculés sur la base d’une période d’investissement puis de désinvestissement. La période d’investissement est définie comme une période de 5 ans maximum courant à partir du premier jour de souscription.
- On peut prendre connaissance du détails de certains coûts intégrés dans l’enveloppe globale de frais de gestion : dépositaire, commissaire aux comptes …
Conclusion : on a une vision claire du niveau global de frais de gestion annuels attendus (1,25 % + 1,67 % soit 2,92 % au total > c’est relativement classique pour un fonds de fonds).
Frais en private equity : pourquoi et quelles conséquences pour l’investisseur ?
Pourquoi les frais en private equity sont-ils sensiblement plus élevés qu’un ETF ?
Un fonds de private equity est un fonds d’investissement géré de manière active, à la différence d’un ETF qui est un produit passif (se contente de répliquer un indice existant sur une base algorithmique).
Le premier a donc des équipes humaines bien plus importantes qu’il doit rémunérer.
Il est plus logique de comparer les frais d’un fonds de private equity à ceux d’un fonds action géré activement comme un OPCVM.
Une étude récente citée par l’AMF en 2025 estime les frais de gestion récurrents des OPCVM en Europe à 1,47 % par an pour les fonds actions.
Néanmoins le travail d’un gérant non coté est considéré comme plus complexe que celui d’un gérant action coté :
Selon une étude menée en 2020 et citée par la SEC (équivalent de l’AMF aux Etats-Unis), 82 % des gérants de private equity interrogés interagissent avec leurs sociétés en portefeuille au moins 1 fois par semaine.
Quelles sont les implications des frais sur la performance pour les investisseurs ?
Les frais viennent en déduction du rendement net perçu par les investisseurs.
Supposons par exemple un gérant qui lève un fonds de 200 millions d’€, les investit dans des sociétés et les revend au bout de 10 ans pour un total de 600 millions d’€.
A l’échelle du fonds, on dira que le gérant a dégagé un multiple brut de x3, soit un rendement annualisé brut de 11,6 %.
Néanmoins, si on suppose que le gérant aura facturé 2 % de frais de gestion par an (mesurés sur l’engagement), alors le capital réellement distribuable aux investisseurs n’est que de 560 millions d’€. Soit un multiple de x2,8 (équivalent à un rendement annualisé de 10,8 %).
Si on suppose un carried interest de 20 % pour un hurdle rate de 8 %, sans catch-up, alors le gérant est en droit de prélever 20 % de 168 millions d’€ (l’écart entre un rendement de 8 et 11,6 % en 10 ans pour un fonds de 200 millions d’€) soit 33,6 millions d’€ supplémentaires.
In fine, la plus-value nette de tout frais due aux investisseurs sera donc de 400 millions (la plus-value brute) - 40 millions (les frais de gestion annuels sur 10 ans) - 33,6 millions (le carried interest) soit 326,4 millions d’€.
On passe donc d’un multiple brut de x3 à un multiple net de x2,6 après applications de frais (ou d’un rendement annualisé de 11,6 % à 10 %).
Faut-il se détourner du private equity à cause des frais de gestion élevés ?
Le scénario ci-dessus est un scénario assez idéal. Voyons maintenant ce qu’il se passe si l’on change certaines hypothèse :
- Performance brute au niveau du fonds de x2,4 (au lieu de x3)
- On suppose que l’accès s’est fait via un fonds nourricier qui rajoute 1,5 % de frais annuels par an.
- On suppose que le fonds sous-jacent a une clause de catch-up pour son carried interest ( hurdle rate : toujours 8 %).
Dans ce nouveau scénario plus conservateur :
- La plus-value nette distribuée par le fonds sous-jacent au fonds de fonds (après frais de gestion et carried interest ) est de 192 millions d’€.
- La plus-value nette distribuée par le fonds de fonds à ses investisseurs, après déduction de ses propres frais de gestion est de 162 millions d’€.
- Soit un multiple final pour l’investisseur du fonds de fonds de x1,81
Avec un multiple de x1,81 en 10 ans, celà correspond à un rendement annuel de 6 % par an, alors qu’il a supporté une illiquidité de 10 ans.
Dans ce scénario, 42 % de la plus-value dégagée est revenue au gérant et 58 % à l’investisseur.
Autrement dit un haut niveau de frais (notamment dans le cas d’une structure indirecte) est de nature à absorber une grande partie du rendement dégagé si la performance des opérations se révèle plus faible qu’attendue.
En revanche, ce niveau se justifie pleinement si la performance brute dégagée est importante.
Lire aussi : Les meilleurs fonds de Private Equity en France
Conclusion
Bien que le private equity affiche des frais supérieurs aux fonds cotés ou aux ETF, ce coût reflète l'accompagnement actif des entreprises et va de pair avec un potentiel de performance supérieur.
La vigilance reste toutefois de mise, notamment sur les structures de fonds de fonds où l'empilement des frais peut éroder la rentabilité finale.
In fine, si le modèle de frais varie fortement d'un support à l'autre, il ne doit pas occulter l'essentiel : la capacité du gérant à créer de la valeur.
Considérez les frais comme un arbitrage final pour départager des stratégies de qualité équivalente.
FAQ
Les frais du private equity sont-ils toujours plus élevés que ceux des ETF et des fonds cotés ?
Les fonds de private equity sont basés sur une gestion active, ils appliquent donc toujours des frais supérieurs à des fonds en gestion passif comme les ETF.
Comme on l’a cité dans l’article, les frais de gestion pratiqués par les fonds de private ont tendance à être supérieurs à ceux des OPCVM action sur les marché coté.
On peut expliquer cet écart par l’implication bien supérieure du gérant qui exerce un rôle actif dans ses participations et à la complexité accrue d’accès et de structuration des opérations sur les marchés non cotés.
Peut-on éviter la double couche de frais ?
Oui à condition d’éviter d’investir dans des fonds de fonds ou des fonds nourriciers.
Néanmoins en fonction de votre capacité d’investissement, s’interdire ce type de fonds peut signifier vous fermer l’accès à certains fonds institutionnels (accessibles seulement via des véhicules de mutualisation) où concentrer vos investissements sur un ou quelques fonds.
Les fonds en assurance-vie sont-ils forcément plus chers ?
Pas nécessairement, tout dépend de la politique de frais du fonds en question.
Un carried interest sans hurdle rate est-il défavorable ?
Le carried interest est un mécanisme d’alignement des intérêts entre le gérant et l’investisseur afin d’atteindre un objectif donné.
Une absence de carried interest (très rare) ou plus couramment un hurdle rate très inférieur à l’objectif de rendement affiché envoie un signal négatif sur la motivation du gérant à tenir ses promesses.
Il n’est pas obligatoire d’afficher le carried interest dans la plaquette d’un fonds, aussi nous vous invitons à vérifier la présence d’une telle commission via les statuts ou le DIC du fonds.
Faut-il regarder les frais annuels ou le coût total sur toute la durée de vie du fonds ?
Tout dépend de ce que vous cherchez à faire : comparer les frais d’un fonds par rapport à un autre où évaluer l’emprise des frais sur l’investissement total (et donc la plus-value brute nécessaire pour les absorber).
Les frais annuels sont plus adaptés à une comparaison.
Le coût total donne une image plus proche de la réalité du total des coûts supportés pour l’investisseur mais il doit être lu au regard d’un scénario donné.
En particulier, il faut vérifier l’impact du carried interest sur le coût total.
Un fonds avec un coût total élevé car lié à un scénario où il atteint des objectifs de performance ambitieux n’est pas nécessairement mauvais pour l’investisseur.
Comment savoir si un fonds est “cher” pour sa catégorie ?
Il faut le comparer à des fonds levés à la même période, sur la même stratégie d’investissement et idéalement sur la même géographie.
Des outils comme le catalogue de Ramify sont très utiles pour réaliser cette analyse rapidement.

